Stand génie civil, le blog de feuzeu f simplice

31 décembre 2019

Ces édifices mal bâtis qui s’écroulent... continuellement au Cameroun

L’écroulement des bâtiments et autres ouvrages, principalement propriété de promoteurs privés, continuent de faire l’actualité au fil de ces dernières années. Pour la seule année 2019 qui s’achève, pas moins de trois immeubles se sont effondrés au Cameroun. D’abord en juillet au quartier Nganguè à Douala un bâtiment de quatre étages s'est transformé en tas de gravats, puis en août au quartier Bonabéri-Sodico où un bâtiment R+2 abritant deux églises dites ‘’ de réveil’’ et une école primaire  a vu un de ses pans s’effondrer, et le tout récent cas survenu le 20 décembre où c’était le tour d’un édifice R+3 de s’écrouler. Quatre corps sans vie retrouvés dans les décombres. Cette fois-ci à Yaoundé au quartier Nsimeyong.

L’on se rappelle également de la chute d’un mur de soutènement en octobre 2018 au quartier Ndogbong (où deux enfants ont trouvé la mort) à Douala ainsi que l’effondrement d’un immeuble R+4 dans la ville de Dschang en septembre 2017 ayant fait une quinzaine de morts. Les habitants de Douala n’ont pas oublié l’écroulement d’un autre bâtiment au quartier Ndogbati le 19 juin 2016 (5 morts dans les décombres) ou celui du quartier Nkongmondo en septembre 2015. bien avant, c'est un immeuble qui s'est retrouvé par terre à la montée Elig-Essono à Yaoundé. C’est devenu une banalité de savoir qu’un immeuble s’est écroulé ici ou là, et on semble s’y habituer… malheureusement.

S’il est vrai que l’inventaire physique des conséquences de ces drames est souvent rapidement établi -pertes en vie humaine, cas invalidité, blessés, investissement englouti, dégâts collatéraux, etc. - après la survenance de tels sinistres, il est cependant regrettable de constater qu’après différentes enquêtes annoncées et commises par les autorités, les causes de ces catastrophes ne sont pas malheureusement portées à la connaissance du grand public. Pourtant, il est évident qu’une intense communication sur l’origine détaillée des malfaçons ayant conduit au sinistre amènerait les différents promoteurs immobiliers à être sensibiliser sur les étapes procédurales à suivre en vue de la sécurisation de leur investissement et surtout de la vie des personnes devant intervenir dans leur chantier.

Dans différents articles disponibles sur internet et dans les journaux relayant l’information liée à ces écroulements d’édifices, il est souvent fait allusion dans différents témoignages recueillis par la presse, avec raison, mais sans plus de précision, du non-respect des normes et de l’utilisation des mauvais matériaux de construction comme causes principales du désastre.

Ces écrits ont vocation d’apporter des informations pour compléter la liste des causes probables de ces accidents, donner les détails sur leur manifestation et émettre des suggestions aux potentiels promoteurs immobiliers pour leur éviter les déboires et traumatismes que vivent les propriétaires de bâtiments écroulés. Les entrepreneurs, les chefs de chantiers ainsi que les autres intervenants dans l’acte de construire trouveront ici quelques pratiques à éviter ou adopter avant ou pendant l’exécution des travaux dont ils ont la charge.

Après avoir évoqué le non-respect des normes et l’utilisation des mauvais matériaux de construction cause probable, il y a lieu de mentionner dans la liste de ces causes, l’absence d’études de sol fiables ou la mauvaise interprétation des études de sol. Sol destiné à supporter les fondations de l’édifice.  

Cause probable liée au sol

Le sol destiné à supporter les fondations d’un ouvrage, pour un bâtiment principalement, est caractérisé pour l’essentiel par sa résistance à la pointe d’un équipement appelé pénétromètre utilisé lors du sondage d’investigation géotechnique de la parcelle de terrain. La connaissance de cette résistance, conformément à la classification des missions géotechniques types, fait partie de la Mission G1 et permet de connaitre les limites du sol pour ainsi envisager le type de fondation et leur profondeur (côte d’assise).

Pour la crédibilité des résultats, il s’avère donc indispensable de mener des tests de fiabilité, en vue de la vérification de l’étalonnage ou de la calibration des équipements à utiliser avant toute campagne d’investigation. Les erreurs de mesure dus à l’état de l’équipement peuvent en effet conduire à un mauvais dimensionnement des fondations susceptibles de provoquer des catastrophes.

L’interprétation des résultats de sondage géotechnique peut aussi s’avérer fastidieux pour un professionnel débutant. En effet, les équipements utilisés proviennent de divers fabricants et les résultats peuvent être produits en différentes unités de mesure. L’absence de vigilance pendant l’analyse peut être préjudiciable à la sécurité de la construction envisagée.

Pour sécuriser l’édifice au niveau des fondations, une confrontation des résultats est indispensable. Des essais et tests contradictoires établis par au moins deux Cabinets distincts sont vivement recommandés.

Cause probable liée aux matériaux de construction

La quasi-totalité des bâtiments effondrés au cours de ces dernières années est constituée d’une structure dont les éléments porteurs du gros-œuvre sont faits en béton armé. Il y a lieu de préciser d’emblée qu’un bâtiment s’écroule du fait de l’incapacité de ses éléments porteurs (sol, poteau, poutre, dalle) à supporter les charges qui leur sont appliquées, y compris leur propre poids. A la différence des profilés fabriqués en usine selon les standards internationaux qui sont utilisés dans la construction métallique, le béton est produit sur le chantier par des personnes pas toujours expertes. Il est très fréquent d’observer que les personnels affectés à la fabrication du béton font partie des moins qualifiés du chantier. Or dans tout chantier important, la composition et fabrication du béton doivent obéir à des standards de résistance établie à l’avance et conformes aux indications des notes d’hypothèses de calcul contenues dans un dossier de permis de construire. Le suivi et le contrôle de la qualité du béton produit sont un gage à la conformité du béton par rapport aux indications de l’Ingénieur ayant effectué les calculs structuraux.

La qualité du ciment utilisé peut également être remise en question. Parfois avarié du fait d’un mauvais conditionnement, il est utilisé pour la fabrication du béton sans que les utilisateurs ne s’en rendent vraiment compte de son état d’abime.

De même, il existe divers nuances (types) d’aciers sur le marché des matériaux de construction. Les armatures (aciers) livrés et associés au béton fabriqué sur le chantier doivent être conformes aux prescriptions de l’Ingénieur. Avant tout achat pour le ravitaillement du chantier, il est possible d’effectuer auprès des laboratoires, des tests d’élasticité sur les échantillons d’acier du marché et les comparer aux indications des fiches techniques du produit.

 A cet égard, comme cause probable due à la qualité des matériaux, il est plus judicieux de parler de ‘’non-conformité des matériaux’’ plutôt que ‘‘mauvais matériaux’’.

Cause probable due au non-respect des normes.

Considérant que le permis de construire ait été au préalable obtenu auprès de la municipalité du lieu de construction, et donc que les documents d’exécution (notes de calcul et plans d’exécution) aient été approuvés par les services techniques compétents, l’inobservation des normes techniques en matière de construction, au niveau du gros-œuvre notamment, se caractérise par :

-          Le non-respect des dispositions dites constructives

il s'agit ici du non-respect des longueurs de scellement, des longueurs de recouvrement, de l'enrobage dont la faible valeur peut provoquer des éclatements prématurés du béton, du mauvais positionnement des aciers qui peuvent empêcher la dispersion du béton dans les coffrage.

-          Les surcharges sur des éléments de construction dont l’âge du béton est encore jeune

il est formellement proscrit de surcharger les planchers censés supporter des charges de service de 150 kg/m² avec des tas de parpaings d'une valeur avoisinant les 600kg/m². Aussi, des coefficients de sécurité à adopter pour des chargements appliqués avant 90 jours sont rarement pris en compte dans les calculs.

-          Les casses sur certains éléments porteurs

Posté par Feuzeu FS à 23:59 - Commentaires [0] - Permalien [#]